La peau et le toucher, c’est le titre du livre publié par Ashley Montagu en 1971 et sans cesse réédité depuis, disponible en format de poche aux éditions Points, Collection essais.
La peau et le toucher, un premier langage, Ashley Montagu, éditions du Seuil, 1979, traduit de l’anglais (Etats-Unis). Titre original : Touching. The Human Significance of the Skin. 1971.
Ashley Moontagu est un anthropologue humaniste anglais né à Londres en 1905 et décédé à Princeton en 1999.
La peau est directement reliée à notre cerveau et à notre système nerveux
« La peau nous enveloppe complètement, comme une cape. C’est le premier-né de nos organes, et le plus sensible. C’est notre premier mode de communication, et la plus efficace de nos protections. Après le cerveau, la peau est sans doute l’ensemble d’organes le plus important. Le sens du toucher, celui qui est le plus étroitement associé à la peau, est le premier à se développer chez l’embryon humain ».
La peau et le cerveau proviennent tous deux le l’ectoderme. Ils ont la même origine embryonnaire, et sont reliés par des neurones sensoriels.
« La peau provient de l’ectoderme, la plus externe des trois couches cellulaires de l’embryon. L’ectoderme donne également naissance aux cheveux, aux dents, ainsi qu’aux organes sensoriels de l’odorat, du goût, de l’audition, de la vision et du toucher. Le système nerveux, dont la principale fonction est d’informer l’organisme de ce qui se passe à l’extérieur, est la pièce maîtresse des systèmes issus de l’ectoderme ».
« La surface de la peau comporte un nombre énorme de récepteurs sensoriels qui reçoivent des stimulus de chaleur, de froid, de contact et de douleur. On a estimé qu’il existe environ 50 récepteurs sur 100 mm². Le nombre des points tactiles varie de 7 à 135 par cm². Celui des fibres sensorielles allant de la peau à la moelle épinière par les racines nerveuses dépasse largement le demi-million ».
« La stimulation permanente de la peau par l’environnement sert à maintenir son tonus à la fois sensoriel et moteur. Le cerveau doit recevoir de la peau des informations sensorielles en retour de façon à pouvoir corriger, si l’on peut dire, les réponses qu’il donne aux informations qu’il reçoit. Lorsqu’on a « des fourlis dans les jambes », que la jambe s’engourdit, la paralysie sensorielle tient au fait que les impulsions de la peau, des muscles et des articulations n’atteignent pas correctement la circonvolution pariétale du cerveau. L’aller et retour de la peau au cerveau est continu, même pendant le sommeil ».
L’importance du toucher
« En fait, les sujets ayant reçu des stimulations cutanées précoces présentent une résistance remarquable aux maladies ».
« A première vue, la stimulation de la peau constitue une condition essentielle de la sécrétion de la prolactine par l’hypophyse. La prolactine est l’hormone la plus importante pour le déclenchement et le déroulement du processus de maternité chez les mammifères, y compris chez les humains ». Massons les femmes enceintes !
« Ader et Conklin ont découvert que caresser des rates pendant leur grossesse rendait les petits manifestement moins irritables, qu’ils restent avec leur mère naturelle ou soient nourris par une autre femelle ». Raison de plus de masser les femmes enceintes !
Le toucher, indispensable au bon développement de l’enfant
« Dans son hôpital le docteur J. Brennemann décida que chaque bébé serait porté et pris dans les bras, promené, « materné » plusieurs fois par jour. A New York, à l’hôpitl Bellevue où ce régime de soins maternels avait été institué dans les services de pédiatrie, le taux de mortalité infantile des moins d’un an tomba de 30-35% à moins de 10% en 1938.
On découvrit que vous s’épanouir l’enfant a besoin d’être touché, pris dans les bras, caressé, cajolé ; il a besoin qu’on lui parle même s’il n’est pas nourri au sein. Nous voulons insister ici sur l’importance du toucher, des caresses, des étreintes, car même si bien d’autres choses lui manquent, il semble que ce soient là les sensations sécurisantes dont il a besoin fondamentalement pour survivre et avoir un minimum de santé ».
Sur les traces de ce scientifique, le Docteur Frédérick Leboyer écrivit :
« Nourrir l’enfant ?
Oui.
Mais pas seulement de lait. Il faut le prendre dans ses bras.
Il faut le caresser, le bercer.
Et le masser.
Ce petit, il faut parler à sa peau
Il faut parler à son dos
Qui a soif et faim
Autant que son ventre ».
Frédérick Leboyer, gynécologue et obstétricien français né en 1918 et mort en 2017, est l’homme qui a écrit d’une plume très poétique, le livre Shantala, un art traditionnel, le massage des enfants, éditions du Seuil, 1976. Avec ce livre, il a permis de rendre plus présent le massage bébé. Que l’on nomme très souvent, en son souvenir, Massage Shantala.
Ashley Montagu ajoute : « Le confort pour un bébé, c’est d’être choyé, et ce confort émane principalement des signaux que sa peau lui fait parvenir ».
Comment le toucher nous permet de nous épanouir
L’auteur le plus célèbre sur la question sociale de la peau est certainement le psychanaliste Didier Anzieu, qui met en avant des fonctions protectrices, contenantes et structurantes de la peau pour le « Moi1 ». Il y aurait une enveloppe psychique issue des premières expériences corporelles, notamment du contact avec la peau maternelle, et qui assure des fonctions essentielles de contenance, de protection, d’individuation et de cohésion du Moi. Chaque individu se définit à travers la barrière de son corps vis-à-vis de l’Autre.
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1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Moi-Peau
Avant même toute considération psychanalytique, revenons sur les fonctions physiques de la peau.
La peau est l’organe le plus étendu du corps humain. Elle pèse, en moyenne, 3 kg chez la femme et 5kg chez l’homme. Elle est la barrière principale aux agressions extérieures (bactéries, UV, chocs…).
Elle transporte les toxines. Elle est ainsi le miroir de notre santé intérieure (alimentation, stress, sommeil, hydratation…).
Maintenant, reprenons le cours de notre propos. La peau a une fonction sociale, bien au-delà de ses fonctions purement physiques.
« A un niveau biologique, il est démontré que le contact de deux épidermes provoque notamment des changements hormonaux (production de sérotonine et d’ocytocine, baisse de la production de cortisol) tout en stimulant le système parasympathique, générateur d’émotions positives »2.
« [La peau] permet d’entrer en contact pour accompagner, accueillir, guérir, soulager, rendre entier, confirmer, et ce à tous les âges de la vie, de la grossesse à la fin de vie. Elle place la relation et le contact affectif au cœur du soin, de l’éducation et de toute rencontre interhumaine »3.
Le massage pour apaiser corps et esprit4
Le massage implique, bien entendu, le toucher. En nous massant, nous agissons directement sur notre peau et ses milliers de récepteurs sensoriels. Le toucher est la perception consciente des modifications de la peau soumise à des stimuli extérieurs.
C’est un outil de lien de communication, qui rassure et détend. Il permet d’être relié à une réalité douce. Il peut soulager certains maux et prévenir la dépression, notamment chez les personnes âgées ou les femmes qui viennent d’accoucher. Accordant confort et réconfort aux enfants, il leur permet de développer leur assurance et leur base de sécurité.
Ce sont le toucher et l’enchaînement des gestes qui apportent détente et relaxation durant un massage.
L’art du toucher, c’est apporter de l’intention à nos gestes. C’est induire par nos mains les bienfaits du massage, c’est la connexion à l’autre pour lui permettre de vivre le massage tel qu’on l’a défini avec lui (libérer les émotions, améliorer le flux de l’énergie, dénouer des tensions, un temps de reconnexion à soi ou « tout simplement » une relaxation). C’est votre intention d’apporter le meilleur du massage à votre client, de faire tout ce que vous pouvez pour lui prodiguer un massage parfait.
Par votre intention, et donc par votre toucher, vous pouvez transmettre un message : recentrer le receveur sur lui-même, lui apporter de l’amour, lui permettre de relâcher la pression…
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2 Ashley Montagu, in American Heart Journal, 1974, 88, 160-169. Voir https://www.psychologie.fr/article/les-bienfaits-du-toucher-A-79.html
3 Les 10 fonctions affectives et sociales de la peau, Diane Richard-Lambert, Psychologue.net Diane Richard-Lambert est psychopraticienne en Gestalt-thérapie
4 Ce qui suit est un extrait de notre article La peau et le toucher, l’art du massage, publié sur ce même blog – école de massages Argan Ila.
« Là où la pensée va, l’énergie va ». Ce proverbe chinois nous rappelle que l’intention ne peut se dissocier de l’attention, la pleine conscience (on ne pense pas à sa liste de course pendant qu’on masse, ni au cadeau de la fête des mères…). Elle nous rappelle aussi le pouvoir que l’on a de diriger notre esprit vers notre objectif. Et notre premier objectif est de prendre soin de notre receveur.
Un massage est toujours une rencontre, un moment privilégié entre le masseur et le massé. Votre attention entièrement dirigée vers le massé est un cadeau que vous vous faites à tous les deux. Lui recevra les bienfaits de votre « toucher-massage », ou « toucher du Cœur », et vous vivrez la réalité du proverbe « qui donne reçoit ».